Ça vous brise, ou ça vous rend fort ...

Déposé le 25/04/2014 | par Rescapés catastrophe de Liévin | sur la catastrophe 1974- Catastrophe minière (Liévin)

les grandes douleurs c'est comme ça, ou ça vous brise, ou ça vous rend fort ... tout au moins en apparence...

 

Les images

Les ressources

Liens externes

 
 

"Mon père était un homme de son époque, plutôt intransigeant avec ses fils, plutôt conciliant avec ses filles mais en règle générale et pour nous tous, c'était un bon père, soucieux de l'avenir de ses cinq enfants, quelqu'un de très tendre. Le 26 décembre 1974, on avait bien rigolé avec une émission de variétés ou se produisait entre autres Annie CORDY venue chanter sa nouvelle chanson "Fifi brin d'acier". Ma mère voulait qu'on se couche mais mon père lui avait demandé de nous laisser regarder la TV arguant du fait que nous étions en vacances. Il faut dire qu'à ce moment, il était particulièrement heureux d'être grand père depuis quelques jours. Donc la joie régnait... Comme il aimait le faire, mon père m'avait brossé les cheveux et puis, vers 22hl5 nous étions montés nous coucher après l'avoir embrassé bien sûr ! Le lendemain, levée dés 8HOO, j'avais fait un peu de ménage avec ma sœur aînée pendant que notre mère était partie faire des courses à Rond-Point. Une de nos voisines était passée au moment même où l'on annonçait un coup de grisou au 3 de Lens ayant fait quelques morts. Il me semblait impossible que mon père puisse en être, lui, si fort, plein de vie... On a attendu toute la journée comme ça. Vers 21h30, mon grand-père en larmes est venu nous annoncer la triste vérité... Puis le cercueil nous a été ramené, comme le voulait ma mère. Comble du cynisme, une enveloppe était collée à même le bois, elle contenait un chèque de 1000F pour les "premiers frais et s'habiller en noir" .Décidément les Houillères pensaient à tout. Par contre, on n'a vu aucun officiels, personne n'a pris la peine de nous annoncer officiellement la mort de notre père.On n'a même pas pu revoir notre père... La veille encore on riait et il me brossait les cheveux... Avec mes plus jeunes frères et sœurs, on s'est glissé sous le cercueil, calculant nos possibilités de réussir à l'ouvrir par dessous pour le revoir, mon Dieu, pour le revoir une fois seulement ! Ça a changé bien des choses dans notre vie : ne plus avoir de père c'est n'avoir plus personne à qui se confier, personne pour vous conduire à la mairie le jour de votre mariage, personne pour partager votre joie le jour où un enfant arrive. Perdre son père, c'est le manque de toute une vie ! Mon frère Yannick, lui ne s'en est jamais remis : il nous avait toujours dit "je mourrai à l'âge de papa". Il n'avait pas menti, il s'est suicidé à 35 ans. Noël, n'en parlons pas ! Quand le cercueil de mon père est revenu, il nous avait fallu enlever, à toute vitesse, toutes les décorations et plus jamais nous n'avons décoré la maison ni fait de sapin au moment des fêtes. J'en ai refait un chez moi bien plus tard, pour mon premier enfant, mais sincèrement, le cœur n'y était pas. Trente ans après, il n'est pas un jour où je ne pense à mon père. Comme il ma manqué, comme il me manque, il n'a jamais quitté mon cœur même si on dit de moi que je suis une personne de caractère, une battante... Mais les grandes douleurs c'est comme ça, ou ça vous brise, ou ça vous rend fort ... tout au moins en apparence... "

http://centriris.com/catastrophe%20hbnpc/page13.php

Période

Vendredi 27 décembre 1974 au Vendredi 27 décembre 1974

Intensité

4

Commune

Liévin  

Autres témoignages sur la catastrophe

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    « Une chance comme celle là on n’en a pas deux dans sa vie »

    Ce vendredi là, Anna S n’a pas entendu sonner son réveil. C’est donc à jeun, en pestant un peu que son mari Stéphan s’est rendu à la fosse, au 3 de Lens à Liévin. Quand il est arrivé au fond à moins 710 m dans le chantier des Six sillons il était un peu plus de 6 h du matin. Il a décidé de d’abord casser la croûte. C’est sous une encoignure qu’ils se sont assis un collègue et lui. Ils ont sorti les tartines. Quelques minutes après tout explosait

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    Je n'ai rien oublié…

    D'un coup dans un bruit d'une puissance formidable, je fus projeté à terre par le souffle d'une explosion et je sentis voler en éclats juste au-dessus de moi un nombre incalculable de débris de toutes sortes. Complètement "sonné" je me retrouvai dans un brouillard de poussière très dense ou j'avais beaucoup de mal à respirer. Je restais immobile incapable de bouger.

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    Trente ans après, j'ai encore la gorge serrée …

    J'avais terminé mon travail sur ce secteur et m'apprêtais à remonter sur mon vélo quand dans un bruit terrible, pire qu'un coup de canon, je fus projeté au sol. Ma jambe heurta une masse métallique. Je me retrouvais dans le noir absolu car tout avait disjoncté et il y avait tant de poussière partout que ma lampe ne dégageait plus qu'un minuscule halo de lumière.

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    La mine a causé bien des malheurs…

    Vers lOhOO, ma patronne qui écoutait la radio m'avait dit "Savez vous Josiane qu'il y a eu une catastrophe dans une mine" puis une cliente était arrivée et on n'avait plus parlé de ça...

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    Je ne me suis jamais vraiment remise…

    "Mon mari avait comme un pressentiment, il n'avait rien dit mais je le sentais... Le 26 décembre, on avait rendu visite à toute la famille comme s'il voulait dire au revoir à tout le monde

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    mon père n'aurait pas aimé me voir comme ça !

    "A l'époque, j'avais trois ans mais je garde quand même de vagues souvenirs de mon père : des choses qu'un enfant remarque. Je le revois heureux dans sa voiture ou s'occupant avec amour de ses pigeons. De la catastrophe en elle-même , je ne me souviens pas du tout.