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Impression d’étrangeté | IHMEC : Mémoire Des Catastrophes
Avec le soutien du Ministère de l’Écologie,
du Développement Durable et de l’Énergie

Par
C - Anonyme
en rapport à
Covid-19 – Coronavirus

Vendredi 20 mars 2020. Impression d’étrangeté. La rue est vide comme un dimanche. Non, c’est même encore autre chose… comme un dimanche à cinq heures du matin. Sauf que Paris ne s’éveillera pas aujourd’hui.

Je pars à la recherche d’une boulangerie ouverte. Nous sommes quelques égarés à buter devant les portes closes des commerces où nous avons nos habitudes de quartier. Certains sont masqués et gantés. D’autres tiennent une écharpe devant leur visage. J’observe un étrange ballet : les rares passants s’évitent sur les trottoirs. Vu d’en haut, ça doit ressembler à un jeu avec des pions aimantés. Mais aucun pôle positif ne rencontre de pôle négatif pour venir s’y coller. Pas d’attraction, que de la répulsion entre pôles identiques. Tous dans le même bateau, tous pareils : on s’écarte les uns des autres, alors que jamais nous n’avons été aussi interdépendants.

J’aime beaucoup le cinéma, et il m’a souvent permis de m’évader. Etudiante, je me retrouvais « confinée » chaque année au printemps, des semaines durant, pour réviser concours ou examens de médecine. Je le vivais alors comme une abominable atteinte à la liberté à laquelle ma jeunesse aurait dû me donner droit. Mais tout est bien relatif n’est-ce pas ? De toutes les heures passées devant mon bureau, je dois confesser qu’un certain nombre étaient occupées à rêver. Et souvent je m’évadais dans l’univers des films que j’aimais. Les films solaires d’Eric Rohmer ou de Jacques Demy, ceux plus tortueux de François Truffaut, l’élégance des comédies américaines de George Cukor ou de Vicente Minelli. La vie ne nous fait pas toujours le joli coup de nous y plonger pour de vrai, reste la force de l’imagination. Mais là on y est, bien immergés, dans un vrai film de science-fiction. Ce n’est pas l’univers que j’aurais choisi a priori ! Mais ça va bien s’arrêter, non ? Hé ho !! Vous ne pouvez pas rallumer la salle ?! Le film a assez duré vous ne trouvez pas ? Il y a des longueurs, une certaine monotonie déjà… Ce n’est pas que l’on s’ennuie, non, très loin de là même ! Les journées sont au contraire terriblement remplies. Mais c’est tout le temps pareil !! Lever à horaires réguliers (histoire de ne pas perdre complètement la boussole !), lavage de mains, petit déjeuner, douche (en insistant sur les mains), l’école à la maison et son lot de tensions, lavage de mains encore, préparer à manger, vaisselle (très long lavage de mains !!), télétravailler, se laver les mains, les patients au téléphone, se laver les mains entre chaque consultation, puis préparer à manger, lavage de mains, le journal télévisé, lavage de mains… Le soir, parfois c’est chouette : entre deux lavages de mains on se met à la fenêtre et on applaudit, pour rendre hommage aux héros du film, tous les soignants de première ligne. Puis parfois on lit, ou on joue ou… on regarde un film… Mais alors une comédie des années 50’, s’il vous plaît ! Ni Contagion, ni Bienvenue à Gattaca !

Quelle curieuse période, partagés que nous sommes entre sourire et angoisse. Des angoisses fortes, existentielles : à quoi ressembleront les lendemains de cette crise ? que deviendra le monde ? que deviendrons l’Europe et nos démocraties ? y-aura-t-il des gagnants et des perdants ? Oui, bien sûr, il y en a toujours. Et puis des petites angoisses aussi, toutes petites, si petites qu’on ose à peine en parler, ou alors tout bas… Partirons-nous en Italie cet été ? retrouverons-nous un jour la légèreté, le goût de l’insouciance et celui des boissons pétillantes sirotées au coude à coude sur des terrasses de café baignées de soleil ? Est-ce qu’on aura encore envie de s’acheter des robes d’été et des sandales à talon ?!

Tout se mélange dans nos têtes, le plus grave et le plus anodin, le plus dramatique et le plus cocasse. Fini les trottoirs jonchés des matelas et sacs plastique des sans-abris : un problème qui semblait pourtant sans solution jusque là… Où ont-ils donc été « confinés » quand les températures négatives de janvier ne semblait pas leur octroyer un droit quelconque à avoir un toit sur leur tête ?! Sans transition je passe devant le pressing, fermé pour cause de Coronavirus… Je me dis : « Tiens, celui qui a déposé son manteau juste avant le confinement n’est pas prêt de le récupérer !.. » En même temps, ce n’est pas si grave, on n’en a pas vraiment besoin en ce moment.

 

 

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