Affaire talc Morhange (France)

L'affaire débute en août 1972 par la mort inexpliquée de plusieurs nourrissons à Paris et en province. Une enquête menée par l'INSERM établit que ces morts sont dues au talc Morhange et à la présence dans celui-ci d'hexachlorophène, un puissant bactéricide, en concentration excessive.

 

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Le gouvernement réagit immédiatement et fait supprimer toutes les boîtes de talc Morhange du marché. À l'époque, l'hexachlorophène n'était pas connu comme substance toxique malgré une étude (non publiée) menée sur des cochons d'Inde en 1939 : une dizaine de cochons d'Inde étaient alors morts dans les 3 jours après avoir consommé ce produit.

L'enquête révèle qu’une erreur de manipulation a conduit à mélanger 38 kilos d'hexachlorophène, produit hautement toxique, à 600 kilos de talc. Plus de 200 enfants sont atteints (mort, coma ou séquelles neurologiques). La présence d'hexachlorophène dans l'usine était connue, mais la teneur de ce composant dans le produit fini devait être très faible ; l'erreur de manipulation a consisté à mélanger un bidon de talc normal, avec un fond de bidon d'hexachlorophène, croyant que ce dernier bidon contenait du talc. Cette erreur conduisit à la mise en circulation de flacons ayant une teneur anormalement élevée de bactéricide.

La toxicité des flacons incriminés n'est donc pas due au fait qu'ils contiennent de l'hexachlorophène, mais à la quantité qu'ils contenaient. La découverte de cette erreur a nécessité plusieurs mois d'investigations, et a permis de comprendre la cause des décès de nourrissons. Le produit ne présentait à l'époque aucun danger particulier dans sa composition nominale.

L'affaire mit sept ans à être jugée. La société Givaudan et son directeur M. Flahault furent mis en cause et poursuivis. De nombreuses familles, de guerre lasse, abandonnèrent les poursuites et se contentèrent des indemnités proposées par la société Givaudan (1,3 million d'euros pour l'ensemble des familles). L'affaire fut jugée en octobre 1979. M. Flahault était défendu par Robert Badinter qui déclara : « Ce n'est pas une société qui est jugée mais un homme, je me sens le devoir de défendre cet homme4. » Le principe de responsabilité pénale des personnes morales n'existant pas encore en droit français, seuls des individus pouvaient en effet être poursuivis.