Catastrophe minière (Liévin)

Le 27 décembre 1974, à 6h30 du matin, un bruit sourd retentit au fond d'une galerie de la fosse 3 dite Saint-Amé du Siège 19 du groupe de Lens-Liévin à Liévin (Pas-de-Calais). Très vite, les autorités, les mineurs et leurs familles prennent conscience de la gravité potentielle de l'événement : pour tout le monde et avant même que la chose soit confirmée, il s'agirait d'un "coup de poussière", c'est-à-dire l'inflammation du poussier (poussières de charbon en suspension) à la suite d'un coup de grisou, certes limité, mais qui joue le rôle de détonateur. Et immédiatement, la terrible catastrophe dite "de Courrières " de mars 1906 qui avait entraîné le décès de 1 099 mineurs revient en mémoire de tous les présents.

 

Les témoignages

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    « Une chance comme celle là on n’en a pas deux dans sa vie »

    Ce vendredi là, Anna S n’a pas entendu sonner son réveil. C’est donc à jeun, en pestant un peu que son mari Stéphan s’est rendu à la fosse, au 3 de Lens à Liévin. Quand il est arrivé au fond à moins 710 m dans le chantier des Six sillons il était un peu plus de 6 h du matin. Il a décidé de d’abord casser la croûte. C’est sous une encoignure qu’ils se sont assis un collègue et lui. Ils ont sorti les tartines. Quelques minutes après tout explosait

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    Je n'ai rien oublié…

    D'un coup dans un bruit d'une puissance formidable, je fus projeté à terre par le souffle d'une explosion et je sentis voler en éclats juste au-dessus de moi un nombre incalculable de débris de toutes sortes. Complètement "sonné" je me retrouvai dans un brouillard de poussière très dense ou j'avais beaucoup de mal à respirer. Je restais immobile incapable de bouger.

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    Trente ans après, j'ai encore la gorge serrée …

    J'avais terminé mon travail sur ce secteur et m'apprêtais à remonter sur mon vélo quand dans un bruit terrible, pire qu'un coup de canon, je fus projeté au sol. Ma jambe heurta une masse métallique. Je me retrouvais dans le noir absolu car tout avait disjoncté et il y avait tant de poussière partout que ma lampe ne dégageait plus qu'un minuscule halo de lumière.

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    La mine a causé bien des malheurs…

    Vers lOhOO, ma patronne qui écoutait la radio m'avait dit "Savez vous Josiane qu'il y a eu une catastrophe dans une mine" puis une cliente était arrivée et on n'avait plus parlé de ça...

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    Je ne me suis jamais vraiment remise…

    "Mon mari avait comme un pressentiment, il n'avait rien dit mais je le sentais... Le 26 décembre, on avait rendu visite à toute la famille comme s'il voulait dire au revoir à tout le monde

  • Rescapés catastrophe de Liévin | 22/04/2014

    mon père n'aurait pas aimé me voir comme ça !

    "A l'époque, j'avais trois ans mais je garde quand même de vagues souvenirs de mon père : des choses qu'un enfant remarque. Je le revois heureux dans sa voiture ou s'occupant avec amour de ses pigeons. De la catastrophe en elle-même , je ne me souviens pas du tout.

Les images

Liévin, fosse n°1
Liévin, fosse n°1

Les vidéos

Détails

Le carreau de la mine se trouve bientôt envahi par les proches en quête d'une quelconque information. On cherche en premier lieu à savoir à quel endroit exactement s'est produite la catastrophe : c'est un quartier de Six sillons qui a été touché, situé à 50 mètres en aval du niveau - 70, dans le secteur de la taille 31 qui allait être mise en exploitation. On en déduit vite le nombre de mineurs de fond potentiellement concernés, estimé à une quarantaine, dont le pronostic vital est engagé : au fond, l'explosion dégage une chaleur intense et consume tout l'oxygène disponible. Dans l'immédiat, il est cependant impossible de descendre porter secours aux éventuels survivants, en raison de la teneur en gaz encore présente dans l'atmosphère confinée de la mine (ce qu'un témoin résume d'un rapide "ça pue là-bas").

Les mineurs employés sur les tailles voisines sont bien vite mobilisés pour les secours mais leur aide demeure limitée. Ils n'en sont pas moins assaillis par les épouses et les proches des mineurs absents : on donne un nom, on demande des détails, on espère encore que le père, le mari, le fils en a réchappé. Il leur faut aussi sacrifier aux exigences de la télévision qui réclame leur témoignage, même s'ils n'ont pas grand-chose de précis à dire.

Vient ensuite le temps des explications techniques : l'ingénieur, pressé par la forêt de micros, confirme qu'il s'agit d'un coup de poussière et que le bilan (42 morts) est bien lourd. Il s'agit, dit-il, d'un "accident" ou plutôt d'une "catastrophe". Déjà à Liévin à la fosse 3 il y avait eu 9 morts en 1945, puis 10 dans un coup de grisou en 1957, et encore 21 à la fosse 7 en 1965. Mais là il s'agit bien de la plus importante depuis "Courrières".

L'arrivée en voiture du juge Pascal, de permanence ce jour là à Béthune et donc chargé d'instruire l'affaire, annonce les suites judiciaires.

Le montage du reportage enfin amplifie la dimension tragique de l'événement : débutant par le passage d'une civière recouverte, rythmé par l'angoisse des présents dans le vent et les bruits de tôle, il se termine par l'annonce d'un décès et le silence d'une lampisterie.

Dans les heures qui vont suivent, le ministre de l'Industrie, Monsieur D'Ornano, se rend sur les lieux et annonce qu'une enquête sera diligentée. De son côté, Monsieur Cuvelette chef de production du siège 19, commence à mettre en doute le simple coup de poussière, le chantier étant à l'arrêt depuis quatre jours, seul un coup de grisou a pu enflammer le poussier. La thèse de la fatalité si longtemps invoquée dans les accidents et les catastrophes minières va vite être contestée. Le 28 décembre, Achille Blondeau, secrétaire général de la fédération CGT du sous-sol annonce un arrêt de travail en hommage aux victimes (il sera suivi dans toutes les Houillères de France) tout en souhaitant la prise de mesures pour que les conditions d'hygiène et de sécurité soient respectées (sous entendu même pour les fosses qui vont connaître une fermeture prochaine) ; au lendemain des funérailles, la CGT, et FO se porteront partie civile.

Le 31 décembre, lors de la cérémonie officielle des funérailles des victimes, le Premier ministre Jacques Chirac promet aux mineurs que "toute la lumière sera faite sur cette catastrophe, toutes les conséquences en seront tirées".

Assez rapidement, des faits de négligence vont apparaître dans l'enquête qui mettra en cause l'absence de contrôle de grisoumétrie. Le coup de grisou sera confirmé par les expertises. La bataille juridique qui durera jusqu'en 1981 se soldera par la condamnation, pour la première fois, d'une entreprise publique.

Type de risque

risque technologique

Nature de l'évènement

explosion