Crue torrentielle (Bozel)

Cyclone à Bozel. Samedi soir, 16 Juillet, un véritable cyclone s’est abattu sur la région causant à Bozel des ravages considérables et causant de nombreuses victimes.

 

Les témoignages

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Cartepostale ancienne
Cartepostale ancienne

Détails

Gonflé par les pluies, le torrent le Bonrieu dévalait en masses compactes de boues, roulant des blocs énormes et renversant tout sur son passage. En quelques minutes, il avait emporté les ponts, rasé ou éventré les maisons, recouvert de graviers et de vase les rues, les jardins et les champs.
À la lueur aveuglante des éclairs, aux roulements lugubres du tonnerre, au milieux des cris de détresse des habitants affolés, on constata bientôt l’étendue du désastre.

Granges, usines, moulins, scieries, maisons d’habitations, tout avait disparu en quelques secondes, faisant place à des rocs descendus de la montagne et à des gouffres creusés à vingt mètres de profondeur. Des troncs d’arbres et des rocs ferment les rues, des chevaux gisent étouffés dans leurs écuries ; les ponts qui ne sont pas emportés sont obstrués par d’énormes blocs et ne laissent passer aucune goutte d’eau. Ce ne sont que meubles brisés allant à la dérive, animaux courant ça et là pour trouver un refuge contre la mort.

Mais que sont ces ruines matérielles en regard des malheureuses victimes que faisait l’inondation ?

Sauvetages émouvants.

Pendant la terrible soirée les actes de courage se sont multipliés.

Le nommé Alban Pélissier a sauvé un malade au lit et une femme sans le secours de personne et au risque de sa vie. Il avait de la boue jusqu’à la ceinture.

Un bébé de deux ans a été transporté dans son berceau sur la boue plus de 300 mètres ; il a été sauvé.

M. Durandard a vu son enfant emporté sous ses yeux, il se cramponnait à un balcon tenant sa femme par la main, mais bientôt seul le bras de sa femme restait hors de la boue et comme la maison s’écroulait, il fût obligé de renoncer à sauver sa femme. Lui même ne resta sain et sauf que par miracle.

On a découvert le cadavre de la bonne de M. Perret, boulanger, étendu sur le seuil du magasin avec une corbeille pleine de pains à côté d’elle.

M. Perret a été découvert vivant au milieu des décombres de sa maison, dans son comptoir.

Les instituteurs qui étaient en promenade rentraient à Bozel avec soixante-dix élèves quand ils furent prévenus par M. Duray, conseiller municipal. Ils ont pressés les enfants à s’enfuir et les ont fait mettre en sureté.

Avant l’arrivée des troupes, les pompiers ont fait preuve d’un courage héroïque. À signaler MM . Noirat, agent-voyer ; Barbèris, scieur ; Bochet, Vaillaurne, maréchal des logis de gendarmerie. Ils ont sauvés des enfants au péril de leurs jours.
Les dégâts.

L’église est envahie jusqu’au milieu de la nef par un mètre de vase. Son bon curé est désolé et se demande comment il pourra soulager tant de misères.

La maison des Sœurs et l’hospice des idiots qu’elles desservent n’ont pas été atteints. La boue les a enlacées sans les envahir. Naturellement ces bonnes Sœurs sont invitées à quitter leur école le 1er Octobre prochain.

La maison Perret, boulanger, l’atelier Fraissard, maire, charron ; la moitié de l’hôtel des Alpes, des granges, des moulins sont complètement rasés ; de nombreuse maisons sont éventrées ou remplies de vase ; le café Arnaud voit ses caves et son rez-de-chaussée envahis par les eaux et c’est miracle si la maison n’a pas été enlevée avec tous ses habitants.

Les chevaux de M. Viguier ont péri, ceux de MM. Alex et Bernard sont sauvés par un hasard extraordinaire ».