Echouement cargo (Erdeven)

Le 15 décembre 2011, malgré un avis de fort coup de vent annoncé pour les heures à venir, le cargo maltais TK Bremen, lège, quitte le port de Lorient pour se mettre au mouillage à l'abri de l'Ile de Groix en attendant de faire route vers l'Angleterre. En provenance d'Ukraine, il venait de décharger 5 300 tonnes de tournesol à Lorient. Dans la nuit du 15 au 16 décembre pris dans la tempête Joachim (vents de 50 à 60 noeuds, vagues de 5 à 7 mètres), le navire tente de rejoindre un endroit plus abrité car il a des difficultés à tenir son mouillage. A 00h40, il demande assistance au CROSS Etel. Au cours de ce déplacement, le cargo s'échoue sur la côte à 2 km au sud de l'embouchure de la ria d'Etel.

 

Les témoignages

  • L.Stéphane | 10/12/2015

    Photos du TK Bremen

    Photos du TK Bremen prisent depuis les barrières de sécurité installées sur la plage de Erdeven , le dimanche 18 décembre 2011

Les images

TK BREMEN
TK BREMEN

Détails

L'opinion publique a du mal à comprendre pourquoi le navire n'est pas resté à l'abri dans le port de Lorient bien que juridiquement la Préfecture maritime et les autorités portuaires ne pouvaient interdire l'appareillage.
Vers 3h du matin, les 19 membres d'équipage sont évacués par un hélicoptère de la Marine nationale vers la base aéronavale de Lann-Bihoué.

Le remorqueur Abeille Bourbon, basé à Brest et en alerte à Ouessant pendant la tempête, est dépêché sur zone dans la matinée.

L'armateur du cargo est mis en demeure de prendre les dispositions nécessaires pour faire cesser les risques liés à la situation de son navire par le Préfet maritime de l'Atlantique.

Le 20 décembre, au vu des expertises sur l'état de la coque, les autorités décident que le navire ne reprendra pas la mer, il sera démantelé sur place.
Visites des autorités

Le 16 décembre, Nathalie Kosciusko-Morizet, Ministre de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, se rend sur place en milieu de journée, pour faire un premier bilan de la situation.

Le lundi 19 décembre, Bruno Le Maire, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche, rencontre les ostréiculteurs.

Le 4 janvier 2012, le préfet de la région Bretagne, accompagné du préfet de département, visite le chantier de déconstruction.
Les premières phases de la lutte

Dès le 16 au matin, une nappe de combustible de propulsion, de 1 km sur 5 m, est repérée. La pollution touche la plage de Kerminihy à Erdeven où s'est échoué le navire, entre Lorient et Quiberon, mais aussi la ria d'Etel, souillant à des degrés divers le littoral d'Etel, Belz et Locoal-Mendon..

Le 29 décembre la pêche récréative et professionnelle de tous les coquillages de la ria d'Etel est temporairement interdite par arrêté du 16/12/2011, cette interdiction est levée le 19 janvier 2012 uniquement pour les professionnels.
Dès le 16 décembre, les opérations d'allègement sont menées par la Marine nationale puis par la société néerlandaise SMIT associée aux Abeilles. L'accès aux cuves est difficile, plusieurs perçages sont nécessaires.

Il est difficile d'évaluer la quantité exacte de polluant qui s'est échappée du navire. Néanmoins à titre d'information, l'Erika transportait 31 000 tonnes de fioul lourd n°2 alors que le TK Bremen contenait au total un peu moins de 200 tonnes de fioul IFO 120 (Intermediate Fuel Oil, 120 cSt à 50 °C) et de diesel marine.

Peu après 3h du matin, l'ingénieur d'astreinte du Cedre est alerté par la Préfecture maritime de l'Atlantique. A 5h, le PC de crise du Cedre est activé et à 5h30, deux ingénieurs se rendent sur place à la demande de la Préfecture du Morbihan. Un troisième les rejoint dans la journée.
Ces 3 experts effectuent des reconnaissances et conseillent les autorités dans la lutte contre cette pollution.

Des barrages du stock polmar de Saint-Nazaire et du SDIS du Morbihan sont posés dans la ria d'Etel pour protéger les sites les plus sensibles de cette zone classée Natura 2000.
Des barrages de la SAGEMOR (Société de gestion des ports du Morbihan) sont également déployés dans le port de plaisance d'Etel.

Pendant le week-end des 17 et 18 décembre, les pompiers, la sécurité civile et le personnel des communes touchées, au total environ 200 personnes, procèdent au ramassage grossier des accumulations et algues souillées potentiellement remobilisables à l'entrée de la ria et sur la plage d'Erdeven. La société SITA est en charge de la collecte, du transport et du traitement des déchets récupérés sur le littoral (environ 800 m3).

Les unités constituées SDIS et UIISC sont mobilisées jusqu'au 26 décembre, date à laquelle le PCO de Erdeven est fermé.
Nettoyage du littoral

La gestion de l'événement se fait à travers un comité de suivi et un comité de pilotage se réunissant régulièrement sous l'autorité du Préfet maritime et du Préfet du Morbihan.

Des reconnaissances sur la côte et sur les rives de la rivière d’Etel permettent d’identifier et de caractériser les différentes zones polluées. Une organisation est mise en place pour définir les chantiers de nettoyage à mettre en place avec les différentes parties impliquées en tenant compte des impératifs sanitaires, techniques et environnementaux spécifiques à chaque site.

A partir du 26 décembre, l'armateur et son assureur confient les travaux de nettoyage à la société Le Floch Dépollution (LFD) qui était intervenue sur cette côte durant la pollution de l’Erika.

En ce qui concerne le Cedre, des membres de l'EPIF (Equipe Pilote d'Intervention et de Formation) se relaient en permanence pour participer à l'ouverture, au suivi et à la fermeture des chantiers de nettoyage. Ils prennent part également aux reconnaissances de terrain et font des recommandations quant aux techniques de nettoyage. Au mois de janvier, le directeur du Cedre se rend sur place le 4, participe à la réunion du comité de suivi le 20 et à celle du comité de pilotage le 26.

A proximité de l'épave du navire, des filets serpillières sont posés pour récupérer le polluant en suspension dans l'eau. Cette technique a déjà été utilisée lors de la pollution du Prestige dans les Landes sur un polluant de nature différente.

Des opérations de surfwashing sont réalisées du 19 au 21 décembre sur la plage de Kerminihy. La technique du surfwashing consiste à descendre du sable vers le bas de plage afin de le soumettre à l’action nettoyante naturelle de la mer. Le pétrole remis en suspension est récupéré avec des filets serpillières et des barrages absorbants.
Deux opérations de surfwashing sont réalisées du 19 au 21 janvier et du 13 au 15 février 2012.

À partir du 26 décembre débutent les opérations de nettoyage fin directement financées par l'assureur de l'armateur. Jusqu'à 60 personnes sont mobilisées pour nettoyer plusieurs zones de la ria d'Etel.

Ces zones font l'objet d'une évaluation réalisée conjointement par LFD, ITOPF, le Cedre, le maire de la commune concernée, le représentant de l'assurance de cette commune, le gestionnaire ou propriétaire du site et diverses parties prenantes selon les sites.
A l'issu de cette évaluation, le Cedre rédige un procès verbal précisant l'état de la pollution, les techniques de nettoyage à employer, le niveau de rendu sur lequel se sont entendues les différentes parties. Les mêmes représentants seront ensuite conviés à venir constater la fin du chantier au fur et à mesure de leur réalisation par la société LFD.

Les zones traitées prioritairement sont :
- les zones ostréicoles,
- Les zones fréquentées par le public (plages, zones portuaires, etc.)
- les zones naturelles difficiles d'accès.

Les réceptions des différents chantiers de nettoyage s'achèvent mi mars 2012. Au total, le Cedre participe à l'ouverture, au suivi et à la fermeture de 11 chantiers donnant lieu à la rédaction de procès-verbaux.
La déconstruction

Les opérations de pompage de soute se terminent le 23 décembre 2011, laissant place aux opérations de déconstruction de l'épave du TK Bremen. Cette opération est réalisée sur zone (plage de Kerminihy) par la société hollandaise Euro Demolition, précédemment en charge de la déconstruction du Rokia Delmas en 2006.

Elle commence le 6 janvier 2012, par l'avant du bateau, dans la nuit, après une préparation préalable du site et des accès.

Plusieurs entreprises se voient confier des contrats de sous-traitance, certaines sont locales : SODEPOL (désamiantage), ALZEO (pompage et nettoyage des cuves), les recycleurs bretons (nettoyage général du navire), ALTHIS (évaluation d'incidence Natura 2000 et plan de restauration du site). Le cabinet TECNITAS est en charge de la coordination générale du chantier.

Des équipes se relaient jour et nuit sur le chantier. Une énorme grue de 280 tonnes montée sur chenilles, arrivée en pièces détachées le 5 janvier, découpe des blocs de 10 à 20 tonnes. Le site est surveillé par la gendarmerie puis par la société SGS mandatée par l'assureur. La société GDE Atlantique basée à Lorient, spécialiste du recyclage de ferraille, récupère les 1 850 tonnes d'acier découpé, provenant du TK Bremen.

On observe des plaquesde polluant le 10 janvier aux abords du navire, il s'agit du fioul de propulsion libéré au moment du découpage. Ce fioul se trouvait dans la partie avant, sous les cales et ne pouvait être récupéré au moment du pompage.

La déconstruction du navire se termine le 26 janvier 2012. Elle est suivie par une opération de criblage du sable autour de la zone de déconstruction.

A partir de cette date, le travail se concentre sur la remise en état de la dune, selon un cahier des charges établi par la société ALTHIS pour l'armateur. Mi mars 2012, le préfet du Morbihan et le préfet maritime, accompagnés des collectivités et gestionnaires du site, constatent la remise en état de la dune. L' objectif d'un retour à l'état initial au plus tard pour le 6 avril 2012, fixé à l'armateur par les autorités françaises, est atteint. Le dernier comité de pilotage a lieu le 16 mars sur la plage d'Erdeven.

L'ensemble des frais de déconstruction et de remise en état de la plage sont supportés par l'armateur turc du navire.
Les procédures

Le président de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian, décide de porter plainte contre X le 19 décembre au titre du préjudice écologique et de l'atteinte à l'image de la Bretagne et se constitue partie civile auprès du TGI de Brest.

Par ailleurs, une information judiciaire pour pollution par hydrocarbures est ouverte par le TGI de Brest. Le capitaine du navire a été présenté au parquet de Brest le 20 décembre en qualité de témoin assisté. Entendu par le procureur Bertrand Leclerc il est ressorti libre le 21. Reparti pour Malte à l'issue de son audition, il encoure 5 ans d'emprisonnement et 7,5 millions d'euros d'amende.

Le 6 janvier 2012, l'association Robin des Bois porte plainte "contre X pour pollution par hydrocarbures et mise en danger de la vie d'autrui" auprès du TGI de Brest.

Deux enquêtes sont actuellement en cours : une nautique menée par les Affaires Maritimes et une technique par le Bea mer.
Indemnisation

Un fonds d'indemnisation plafonné à 2,1 millions d'euros est mis en place par l'assureur au profit des professionnels et des particuliers lésés par l'échouement du TK Bremen.

source Cedre

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"La tempête Joachim était trop violente cette nuit, au large du Morbihan, pour le TK Bremen, un cargo battant pavillon maltais. Le bateau s'est échoué près d'Erdeven, vers
2 heures du matin. Les 19 membres d'équipage ont été secourus par hélicoptère et sont tous sains et saufs, d'après la préfecture de Brest.
Le bateau de 109 mètres de long est couché sur le flanc surla plage de Kerminihy à Erdeven. L'accident est survenu alors qu'il cherchait un point de mouillage afin de s'abriter de Joachim. Le vraquier, qui ne transportait pas de marchandise, était parti de Lorient jeudi après-midi en direction de l'Angleterre, malgré les avis de tempête.
Dès vendredi matin, le plan Polmar a été déclenché en raison d'une fuite d'hydrocarbures constatée sur l'une des cuves de ses réservoirs. Une très forte odeur de gasoil se dégageait sur place, d'après les constatations d'un journaliste de l'Agence France Presse. Cette fuite forme une nappe d'1 km sur 5 mètres et se dirige vers la plage d'Erdeven.
(...)Plusieurs dizaines des 190 tonnes de carburant que transportait le TK Bremen se sont déversés dans la mer. Ces fuites menacent une zone conchylicole majeure, avec une cinquantaine d'exploitations dans la ria d'Etel, et deux sites classés Natura 2000. Un arrêté préfectoral a interdit l'exploitation des coquillages cinq entreprises ostréicoles de l'embouchure de la ria d'Etel. Cet arrêté est susceptible d'être étendu dimanche après de nouvelles analyses de l'Ifremer..
Selon la Région Bretagne, «les conséquences écologiques risquent, une nouvelle fois, d'être considérables au regard du site touché», «12 ans, presque jour pour jour», après le naufrage de l'Erika. Samedi, 73 m3 de sable pollué ont déjà été ramassés. Les opérations de pompage se poursuivent dimanche avec la mise en place de matériel plus performant...
(sources site web Figaro)

Les ressources

 

Type de risque

transport de matière dangereuse

Nature de l'évènement

pollution marine